Rumba
La Havane rumbera
DVD Rumberos
Documentaire & Concert : 100'
Langues : espagnol. Sous titres : anglais
Hautement recommandable pour tous ceux qui souhaitent découvrir la rumba, ce DVD offre un large panorama de cette expression culturelle. L'approche du documentaire est somme toute assez classique - origine, définition, typologie et témoignages de rumberos -, ce qui n'est pas pour nous déplaire. La clarté de l'exposé est ainsi préservée, mais on évite aussi l'écueil d'un ton trop didactique grâce à des prises de vue très dynamiques des séquences de danse.
On déambule ainsi dans La Havane rumbera, essentiellement le Callejón de Hamel, quelques maisons particulières de Cayo Hueso et la Peña del Ambia à l'UNEAC. Parmi les interviewés c'est justement Eloy Machado, alias El Ambia, qui retient le plus l'attention. Manifestement ce type est fou et, comme tous les fous, il dit souvent la vérité. Sa manière de parler comme il déclame ses poésies en fait le prédicateur illuminé de l'afro-cubanité.
Autres temps forts du film, la prestation de Fariñas dans les jardins de l'UNEAC, décidément l'un des meilleurs rumberos actuels et l'interprétation au piano par Mayito de Soy Todo, grand succès de Van Van d'après un poème d'Eloy Machado El Ambia (encore lui).
Et en bonus ni plus ni moins que 50 minutes de pure rumba !
Jean Luc Marty
Rumba
Depuis l'âge de dix ans, Enrique n'a plus de contact avec son île natale. De retour à Cuba, il découvre un monde oublié : celui des quartiers noirs de Santiago et de la Havane.
Peu à peu, son histoire va croiser celle d'Oreste le Noir et de Zen la « claire de peau » aux amours contrariées, celle du Baron, grand danseur de rumba, et de son frère au destin tragique… Dans les rues de Cuba, les rumeurs tournent à la vitesse du soleil, alimentant les chants des rumberos.
Comme dans la Rumba, les voix des personnages se répondent au fil d'une histoire commune, dont les versions diffèrent selon qui l'entonne. Percussif, alternant syncopes et longs phrasés, le style de J.L. Marty rend hommage à une musique noire et cubaine, héroïque.
Odilio Urfé,
CD Festival in Havana
Historique ! En 1955 le musicologue Odilio Urfé avait réuni la crème des rumberos de l'époque pour l'enregistrement de cette collection de congas et de rumbas. A la direction Ignacio Piñeiro, le plus rumbero des soneros et de surcroît fondateur du Septeto Nacional; au chant Carlos Embales, aussi à l'aise dans le son que dans la rumba, et Bienvenido León, superbe voix de basse ; à la trompette Oscar Florecita Velasco, dont Andy González fait grand cas dans les notes du CD ; enfin Pedro Mena fait merveille au quinto.
Il y aussi un choeur magnifique, très profond et très équilibré et une foultitude de percussionnistes dont les noms ne nous disent rien mais qui doivent avoir participé anonymement à nombre de sessions. Tous ces ingrédients donnent un résultat éblouissant, un régal, un festin. On peut dire que le titre de l'album n'est pas usurpé, c'est un véritable festival.
Côté production on est également gâté. Le son est parfait, les cloches tintent, les peaux des tumbadoras sonnent d'un bruit mat, sans cette horripilante réverbération sensée donner un son "efficace" et spectaculaire. Le livret reprend pour l'essentiel la belle pochette et le texte d'origine (plus le texte d'Andy González).
Ce joyau vous tend les bras !
Los Muñequitos de Matanzas
CD Guaguancó matancero. La Havane, 1956-1963
La formation originale de Los Muñequitos de Matanzas, dans sa première période et avec tous ses fondateurs : Florencio Calle (directeur), Saldiguera et Virulilla (voix), Angel Pellado, Juan Mesa (percussions) etc. …
L'histoire est connue, en 1952 un groupe de jeunes du quartier La Marina, à Matanzas, crée une formation de rumba simplement appelée Guaguancó Matancero. Leurs premiers succès éveillent l'intérêt du producteur du label Puchito, Jesús Goris. Il leur fait enregistrer un premier 78 tours avec Los beodos et Los Muñequitos (en hommage aux bandes dessinées). Les deux thèmes défrayent la chronique et le public havanais ne tarde pas à les identifier ainsi, Los Muñequitos de Matanzas.
Le CD recueille non seulement ces deux titres mais aussi des morceaux qui deviendront des classiques comme Cantar maravilloso ou Oyelos de nuevo. Le programme se termine sur un bel hommage à Beny Moré.
Grupo Afro-cubano de Alberto Zayas
CD El yambú de los barrios. La Havane, 1955-1956
Ce qui frappe à l'écoute de ce disque c'est la beauté des voix, tant des solistes que des choeurs. Ce n'est pas un hasard si plusieurs chanteurs du groupe ont été sélectionnés pour constituer le Coro Folklórico Nacional.
Le chanteur principal n'est autre que Roberto Maza, plus connu comme El vive bien, à la voix claire et profonde. Son assassinat en 1960 a malheureusement mit un terme à sa prometteuse carrière. Le deuxième protagoniste, Carlos Embales, n'est pas mal non plus. Encore une fois il nous remue les tripes à chacune de ses interventions.
Quant au choeur on y trouve ni plus ni moins que les barytons Bienvenido León et Adriano Rodríguez (ce dernier redécouvert récemment par l'iconoclaste Edesio Alejandro, roi de l'électro-techno hip hop cubain) et les voix féminines des soeurs Romay.
A la lecture de ces noms on se dit que Zayas a non seulement eu du flair dans le recrutement de ses comparses mais aussi eu l'intelligence d'associer des artistes venus d'univers différents. Outre les incontournables rumberos on trouve des soneros - Bienvenido León et Carlos Embales étaient les choristes du Septeto Nacional - et le trovador Adriano Rodríguez.
Le choix du répertoire (La china linda, Congo Mulence, El vive bien, Desengaño de los Roncos) vient parachever ce pur joyau de la musique afro-cubaine.
Grupo Rumboleros
CD Protesta carabalí
Ne pas se fier à la pochette qui évoque plus une quelconque compilation de musique tropicale pour l'été que ce pur joyau de musique afro-cubaine. Enregistrées dans les années soixante ces sessions n'avaient paraît-il jamais été éditées. Elles réunissent pourtant la crème de la rumba, sous la direction de Pedro Vero. La plupart des musiciens sont d'ex-membres de Muñequitos de Matanzas, comme le grand Saldiguera et un petit jeune (à l'époque), Fariñas.
C'est donc une rumba à l'ancienne, dans le style matancero, ponctuées par le quinto (tambour soliste). A écouter d'urgence !
Grupo D'Akokkán,
CD Tiembla la tierra
Le percussionniste William Herriere a su joindre l'utile à l'agréable en créant et dirigeant un groupe de rumba essentiellement féminin. Cette initiative aurait pu rejoindre une flopée d'autres formations de la même farine au rayon "Anecdotique sans intérêt" mais il n'en est rien.
En fait le seul défaut que l'on pourrait faire à ce disque c'est sa pochette entre rose fluo et couleurs criardes qui tranche avec la sobriété du texte du producteur, habituellement plus prolixe. Mais ce qui importe c'est la musique et là on est servi et plutôt bien. L'accompagnement rythmique est en perpétuelle évolution tout au long des plages, les changements de rythme et effets d'ensemble nombreux et les séquences de solos sont variées et étendues.
Et aussi, quelles voix ! Tant au niveau des solistes, Chabela, Danaira et Yordanka que du choeur. Celui-ci est particulièrement harmonieux, évitant le travers des tonalités un peu trop aiguës qui finissent par fatiguer le tympan.
Il est difficile d'isoler des morceaux dans cette production qui ne souffre d'aucun "trou d'air". Citons tout de même le succès de Celia Cruz, "Quimbara", magistralement interprété par Yordanka. On retrouve aussi avec plaisir des titres de Clave y Guaguancó et autres classiques de la rumba.
Fariñas
CD Fariñas el rumbero
Encore une belle production avec un Fariñas qu'on ne présente plus. Le répertoire est des plus attractifs avec El brujo de Guanabacoa, El mulato rumbero, Drume negrita et Tawiri (sur la pochette les titres ont été adultérés et les compositions attribuées à Fariñas mais on retrouve facilement ses petits).
Il y aussi une reprise du Yambú de Saldiguera, présent sur le CD Rumboleros et rebaptisé Canto a Celia (Cruz). Hommage à la guarachera qui fut aussi rumbera.
Joaquin Pozo y su rumba de Cayo Hueso
CD Ahora vengo con rumba
Quelle frappe ce Pozo ! Digne de son patronyme même si le lien de parenté avec Chano est un peu ténu. Après un premier album jazz, Joaquín Pozo nous livre une rumba rajeunie (on pourrait dire " boosté ") constamment soutenue par de vigoureux solos. On peut dire qu'il fait chanter les peaux, bien servi par la prise de son et la mastérisation impeccable du portoricain Rey Peña.
Grupo Rumba Eriera
CD Rumba en el callejón de Hamel
L'idée : reprendre en rumba des succès de la musique pop, une habitude qu'auraient les rumberos quand ils sont entre eux et que l'on retrouve sur disque pour la première fois. Les morceaux en question sont donc des tubes des groupes espagnols en vogue dans les années soixante-dix qui ont marqué les esprits à Cuba : Formula Quinta, Los Mustang, Los Bravos, Juan y Junior et Julio Iglesias. Et ça sonne rumba en diable !
En fait tout fonctionne à merveille dans cet album : les voix du fameux Fariñas et d'un jeune qui promet, Jorge Salazar, du groupe Irosso Obbá, les percussions et les solos de quinto de Panchito Pérez (percussionniste d'Estrellas Cubanas) et ses acolytes, et la prise de son irréprochable.
CD Repica bien el tambor
Toujours aussi en forme le groupe Rumba Eriera. Après avoir surpris son monde avec les succès de la " décennie prodigieuse ", il revient cette fois-ci avec un répertoire plus classique (Malanga, Vale todo, La flauta de bartolo…) mais introduit la flûte en bois de Joaquín Oliveros au milieu des percussions.
Le résultat est des plus intéressants, d'autant qu'on n'en oublie pas pour autant les fondamentaux, à savoir le montage et la beauté des voix et une base rythmique sans faille, avec de très beaux effets dans les basses.
Grupo Ecué Tumba
CD Buenavista en guaguancó
Où l'on retrouve le rumbero mayor Fariñas, ex Muñequitos de Matanzas, à la voix râpeuse à souhait. Le deuxième personnage du disque se nomme Angel González. Ce percussionniste a un lourd passé dans les rangs du Conjunto Folklórico Nacional et du groupe Orú du guitariste Sergio Vitier, pour ne citer que deux exemples.
Bref c'est du solide avec un répertoire qui fait la part belle aux classiques de Calixto Callava ou Esteban Lantri (Saldiguera) ainsi qu'une belle reprise du son A la loma de Belén. Fariñas a dû aussi se souvenir de son passage dans le groupe Rumboleros (voir chronique) puisqu'on peut écouter de nouvelles versions de Pentagrama musical et La plegaria.
On aime également la manière qu'a Fariñas de raconter ses démêlés avec le responsable de son solar qui n'accepte ni scandale ni rumba. Pauvre Fariñas !
CD En un solar de Pogolotti
Ce second opus du groupe Ecué Tumba est de la même farine que le précédent, avec quelques changements dans le personnel et une composition instrumentale un peu plus étoffée.
Quelques classiques parsèment le répertoire comme le Callejón de los rumberos de Calixto Callava, un pot pourri de Chano Pozo et la chanson traditionnelle ¿Y tú, qué has hecho ?. On aime particulièrement le poignant Señor por qué ?.
Michelito "El Vaticano"
CD Mi rumba echando candela
Mieux vaut connaître un brin d'argot cubain et être au fait de la vie quotidienne insulaire pour apprécier toutes les facettes de ce disque. Mais même sans cela on peut se laisser séduire par la tchatche de Michelito, "artiste conflictuel" . La recette ? Une voix chaude et gouailleuse, qui n'est pas sans rappeler celle de Pello el Afrokán, des refrains (estribillos) qui font mouche et des percussions qui valent mille fois toutes les boîtes à rythmes du monde.
Michelito nous raconte en rumba son quotidien fait de détroussages dans le camello (maxi bus et maxi danger), de jineteras, de trafic de drogue etc. Pour bien enfoncer le clou le verso de CD nous montre le rappeur en train de présenter son carnet d'identité au flic du coin de la rue.
En prime Michelito a une façon de faire varier sa voix, d'introduire des effets vocaux comme des imitations de scratches qui pimentent encore plus la sauce. Une belle surprise.
Lázaro y los Ambias del Solar
CD Suenan los cueros
Les peaux résonnent en effet. Elles mettent en valeur la voix bien posée du jeune Lázaro Ferrán (sans lien de parenté avec l'auteur de ces lignes). Celui-ci, originaire de Cárdenas (Matanzas, berceau de la rumba) n'a certainement eu aucun mal à s'infiltrer dans le milieu rumbero de la capitale.
On sent en lui la force tranquille du guaguancó, sans artifice… Bref du beau travail.
Chavalonga
CD En el barrio de Ataré
Drôle de bonhomme ce Chavalonga ! Alors que nous venions d'être présentés l'un à l'autre par un ami commun, quelle ne fut pas ma surprise de le voir me tendre une revue qui lui consacrait un article pour… que je lui signe un autographe. Je m'exécutais avec tout le respect dû à cette légende de la rumba.
De son vrai nom Mario Dreke, Chavalonga est né le 25 avril 1923. Il aura donc attendu ses quatre-vingts printemps pour graver son premier disque en solo, mais cela est arrivé à d'autres. Ses " études " il les passe dans tous les solares rumberos de La Havane et effectue quelques stage à Matanzas. Il côtoie les plus grands, de Chano Pozo à Tío Tom en passant par Malanga, El Chori et Andrea Baró. Au Mexique il travaille avec Beny Moré et tourne dans différents films. De retour à Cuba il est fondateur du Conjunto Nacional en 1962. Il participera au documentaire sur Tío Tom tandis qu'un autre lui sera consacré. Sur le plan discographique il est l'une des figures de Rapsodia rumbera, All Stars de la rumba anthologique, et enregistre avec la saxophoniste de jazz Jane Bunnett.
Au-delà de toutes ces références - qui à elles seules justifient qu'on s'y arrête - ce disque a vraiment un parfum particulier. La voix éraillée de Chavalonga, son style presque parlé sont uniques. A chaque morceau on sent l'homme vibrer, exprimer les vicissitudes de la vie, les femmes, la musique et l'hommage à son quartier, Atarés.
Grupo Irosso Obbá
CD El rey de las profundidades
Les nouveaux locataires du Callejón de Hamel, haut lieu de la rumba havanaise, signent leur premier album studio. Originaires du quartier de Pueblo Nuevo ils n'ont que quelques centaines de mètres à franchir pour " mettre le feux " à Cayo Hueso tous les dimanches à partir de midi. Irosso Obbá est né en 1999 et a compté à ses débuts avec l'appui du célèbre Malanga, décédé depuis. La spécialité du groupe est la reprise de succès de la musique pop latine dans le style dit du guarapachangueo. Le chanteur principal n'est autre que Jorge Salazar, également présent sur les enregistrements de Rumba Eriera.
Le programme commence par un tour de force : mettre en clave de rumba des airs d'opéra (De la rumba a la ópera). Suit un beau yambú, lent et majestueux comme on les aime, intitulé Pan de piquito (dont la teneur serait " Tu as mangé ton pain blanc "). La section abakuá de dix minutes permet à la formation de bien monter en puissance.
Autre moment fort, la reprise de Perdón du portoricain Pedro Flores (rebaptisé Por alto, c'est une habitude chez les rumberos). Et puis on finit comme on a commencé, en beauté. Le morceau de Despedida (Au revoir) est court mais les voix Negro spiritual sont magnifiques. Décidément la rumba a de l'avenir.
CD Santa palabra
Si le premier opus du groupe de Pueblo Nuevo était volontiers gospélisant, voire acapellisant, cette deuxième livraison met en exergue son potentiel percussif. On retrouve la fraîcheur de ces jeunes rumberos, la voix charismatique de Jorge Salazar et un répertoire qui fait la part belle aux tubes de la musique cubaine des années 1970-80 : A romper el coco (Irakere), No quiero que seas celosa (Revé) ou Santa palabra (NG la Banda). De quoi nous rappeler notre folle jeunesse ! © Didier Ferrand
Grupo Yoruba Andabo
CD El callejón de los rumberos. La Havane, 1993
Avec la participation de Eloy Machado Pérez "El Ambia"
Ce groupe de rumba des travailleurs du port de La Havane, devenus professionnels ces dernières années est devenu un élément presque inévitable des films sur la musique cubaine. Il est représentatif de la tradition rumbera la plus authentique, ce qui n'exclut pas, au contraire, les développements percussifs les plus complexes.
Sa marque caractéristique est le mélange des tumbadoras avec les cajones (non seulement le cajón quinto, aigu, mais aussi les cajones de plan sonore médium et basse).
Le jeu est marqué par le développement de la technique moderne du "guarapachangueo". On a remarqué la participation de Yoruba Andabo au remarquable CD de Jane Bunnett "Spirits of Havana".
Le groupe donne ici le plein développement de son talent sur 13 titres reflétant l'ensemble du cycle de la rumba (yambú, guaguancó, columbia), avec une empreinte marquée des traditions religieuses afro-cubaines dans ce style populaire, qu'elle soit dans les textes comme dans la musique.
On remarquera les adaptations de l'expression musicale des sociétés initiatiques abakuá, très présentes dans les ports de la région occidentale de Cuba, La Havane en particulier. "Enyenisón Enkama", avec son apostrophe initiale qui fut chère à Dizzy Gillespie (en souvenir de la légende Chano Pozo), mélange trois tambours abakuá (bonkó, biapa, kuchi yerema) à deux tumbadoras et un chékéré.
"Protesta carabali", sans tambours spécifiques, est présenté comme "guaguancó abakuá" ainsi que l'indication géographique dans le titre (allusif à la côte des Calabars d'où vient la tradition abakuá) le suggère...
L'interprétation des rumbas est vertigineuse dans l'association des interventions du quinto soliste (le grand "Pancho quinto") avec les variations à propos des tambours d'acompagnement.
Les variations sont un régal dans les graves, les médiums comme dans les aigus. © Daniel Chatelain
© Caribefolk - 1997
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